Paul Vergès : « Mon père était le médecin des pauvres »

 

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Paul Vergès (Crédit Sénat)

 

Le 20 avril 2015, CulturePolitique.net avait rencontré, pendant trois heures, le sénateur réunionnais, alors doyen de la Chambre haute. Aujourd’hui, à l’heure de sa disparition ce 12 novembre 2016, retour, en dix articles, sur un quasi-siècle de vie. Premier épisode : l’influence de son père Raymond Vergès.

Vous savez, vos confrères ont écrit que Jacques et moi n’étions pas des frères jumeaux (Bernard Violet, dans Vergès : Le Maître de l’ombre, Seuil, 2000 – NDLR). Il serait né un an avant moi, mais je vois mal mon père faire ça, et ma demi-sœur et mon demi-frère, nés du premier lit paternel, nous en auraient parlé. Jacques disait d’ailleurs : « Je m’en fiche, ça me permet de fêter mon anniversaire deux fois ! »

Parlons d’abord de votre pater Raymond Vergès. « Le vieux » a été plusieurs fois élu local et parlementaire dix ans. Quel rôle a-t-il joué dans votre apprentissage politique ?Mon père était un Réunionnais dont les premières traces de la famille sur l’île datent de 1855 avec un Français d’origine catalane qui s’y est fixé. Ce premier Vergès installé était marié à une Bretonne qui s’appelait Scouarnec. Mon père était leur petit-fils. C’est une famille de moyenne bourgeoisie, à une époque où La Réunion ne comptait pas plus de 200 000 habitants.
Le pater était très brillant et, recommandé par ses professeurs pour ses résultats, a demandé une bourse Polytechnique qui lui a été refusée. Il était un fils de la génération du XXIème qui plaçait beaucoup d’espoirs en la science. Quand il arrive en France métropolitaine, après un long voyage par paquebot, comme il est assez aventureux, il se marie avec une Française, puis devient ingénieur agronome aux chemins de fer russo-chinois en Mandchourie.
Il revient en France, après avoir traversé toute l’Europe, et il termine des études de médecine commencées en même temps que ses études d’ingénieur. Là, la Grande Guerre éclate et il est mobilisé les quatre ans comme médecin. Il est blessé, mais il exerce en Bretagne et en Vendée, avant de repartir en Chine centrale, de nouveau comme ingénieur des chemins de fer. Puis, il est professeur au lycée de Shanghai avant de reprendre sa profession de médecin en Indochine, mais sa première femme meurt. Il est alors nommé au Laos où il exerce comme responsable médical et où il rencontre ma mère, enseignante vietnamienne. Il est nommé consul de France au Siam (ancien nom de la Thaïlande – NDLR) et c’est là que nous sommes nés avec Jacques.

« Il nous aidait beaucoup pour l’école ! »

En janvier 1925.
Au même moment, son père meurt à La Réunion. Après vingt-sept ans d’absence, il rentre avec ma mère, Jacques et moi, et ses deux premiers enfants. Puis, c’est ma mère qui décède quand on a trois ans. Il repart au Vietnam et nous laisse avec la seule personne qui restait de la famille Vergès à La Réunion, Tante Marie (élue conseillère générale de La Réunion en 1945 – NDLR), qui nous a élevés quelques années. Mon père est définitivement rentré sur l’île dans les années 1930. Il exerce cette fois-ci comme médecin à Salazie et découvre la misère. C’est là que tout naturellement, il devient « le médecin des pauvres ». Jacques et moi n’avons jamais eu autant de volatiles dans la cour de la maison : des poules, des canards, des lapins, des cabris… car il ne faisait pas payer les habitants qu’il soignait gratuitement, mais ceux-ci le remerciaient en résultats de leur profession d’agriculteur.

Tant est si bien qu’il est nommé maire de Salazie en 1935.
Il quittera ensuite Salazie pour s’établir dans la ville de Saint-André, mais il maintient le contact car une fois par semaine, il retourne soigner les gens. À Saint-André, il rencontre une population plus nombreuse mais tout aussi pauvre. Il est alors nommé par le gouverneur de l’île directeur des systèmes de santé et doit aller à Saint-Denis. Il s’y établit et devient un chef de service de l’État. Il nous aidait beaucoup pour l’école, car ses deux premiers enfants étaient partis faire leurs études en France.

Propos recueillis par César Armand – Tous droits réservés CulturePolitique.Net

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