Jean-Louis Bianco raconte l’histoire de la gauche dans « Mes années avec Mitterrand »

Le secrétaire général de l’Elysée entre 1982 et 1991, puis ministre jusqu’en 1993, narre, chez Fayard, son expérience auprès du monarque-président de la République, et en tire des enseignements qui prévalent aujourd’hui.

Le langage diplomatique

Il est des citations amusantes à retrouver au lendemain du vote de résolution de l’Assemblée nationale demandant la levée des sanctions économiques contre la Russie :
« Je suis lassé d’entendre depuis des années des dégoulinades bien-pensantes sur « la politique extérieure commune de l’Union européenne ». Cette « politique extérieure » ne recouvre le plus souvent qu’un discours creux et hésitant. Si l’on veut être sérieux, on pourrait commencer par essayer de se mettre d’accord sur une démarche claire, réaliste et ambitieuse vis-à-vis de la Russie. »

Plus tôt dans Mes années avec Mitterrand (Fayard), Jean-Louis Bianco explique que « François Mitterrand analyse toujours un conflit à partir de l’histoire. Cela donne à sa vision une profondeur de champ qui manque cruellement aux dirigeants d’aujourd’hui. » Un Président dont la maxime de vie était, apparemment, « convaincre et non contraindre ».

La querelle des Sages

De même, alors que l’ex-ministre des Affaires étrangères et du Développement international vient de quitter le quai d’Orsay, l’auteur retrace, pour mémoire, les différends entre le président du Conseil constitutionnel et son collègue de la rue de Montpensier :
« Laurent Fabius, Premier ministre, estime que c’est à lui de conduire la campagne pour les législatives [de 1986]. Lionel Jospin au contraire est convaincu que ce rôle lui revient, en tant que premier secrétaire (…) Depuis des mois, j’avais vu venir le conflit entre les deux hommes. J’avais proposé au Président un partage des rôles. Il m’avait écouté, intéressé, mais sans trancher. En la matière, il pratique une sorte de « darwinisme politique ». Que le meilleur des deux l’emporte. »

Autre illustration du monarque qui aime diviser pour mieux régner : les conseillers de l’ombre qui auditionnent des putatifs locataires de Matignon :
« Le Président m’a demandé de prendre aussi contact avec Jacques Chaban-Delmas, ancien Premier ministre de Georges Pompidou, avec qui il a gardé des liens d’amitié. Pour éviter toute fuite, je reçois Chaban-Delmas au domicile de m(a) [secrétaire générale] adjointe, Michèle Gendreau-Massaloux.
(…) Michel Charasse, à la demande du Président, a pris contact avec un autre candidat possible, son compatriote auvergnat Valéry Giscard d’Estaing. Même réponse négative de sa part : le RPR, qui estime que le poste lui revient, l’empêcherait de constituer une majorité. »

Sans transition

Je vous invite à retrouver, sur le blog de mon co-auteur Romain Bongibault, la chronique d’Un monde au défi (Fayard) d’Hubert Védrine, successeur de Jean-Louis Bianco au secrétariat général de l’Elysée => https://romainbgb.wordpress.com/2016/04/25/le-monde-au-defi/

César Armand

 

« Indian Palace », comme une envie d’y repartir

Le long-métrage de John Madden séduit par sa douce histoire et sa vision de l’Etat-continent sans manichéisme.

Judi Dench, alias M dans la saga des James Bond, en veuve retraitée reconvertie dans la téléassistance indienne ; Professeur Mac Gonagall pour les malades d’Harry Potter en vieille peau raciste qui s’assagit au contact des locaux ou Billy Nighy, le délirant chanteur de Love Actually et capitaine de bateau de The boat that rocked – Good morning England comme on dit en France ; rien que pour la distribution (casting pour les puristes), ce film vaut le détour.

Indian Palace ou l’histoire de retirés /!\ anglicisme /!\ qui s’exilent en Inde pour fuir leurs enfants, femmes, morts sociales ou tout simplement la solitude. Ils ne connaissent pas, mais vont apprendre à s’apprivoiser, voire même – attention cliché – à se découvrir comme ils ne l’auraient jamais imaginé.

Entre deux poulets au curry et deux prises de vue sur la population en sari, le système de caste est même abordé. Ce film n’incite qu’à une chose : quitter la Seine pour partir effacer sur le Gange la douleur bien sûr !

César Armand

« Les minions », c’est bon et c’est con

La déclinaison jaune de Moi, Moche et Méchant est un peu longue, quoique sympathique.

L’espéranto n’est pas mort, il revit au cinéma ! Quel est le rapport avec Les minions, me direz-vous ? Eh bien si. La langue gloubi-goulba qu’ils parlent, mélange de spanglish, de fragnol, et d’italianes, ne ressemble-t-il pas au langage universel européen ?

Sinon, les petits monstres en salopettes blue jeans qui errent de la Russie à l’Angleterre sont toujours aussi drôles, de même que les voix de Marion Cotillard et de Guillaume Canet relèvent l’absence de dialogues. Dommage que cela dure plus d’une heure quarante-cinq.

César Armand

« Un homme idéal », loin d’être le Saint-Graal

Le nouveau film de Yann Gozlan est intéressant, mais manque parfois de rythme.

Déménageur le jour, auteur raté la nuit, Mathieu rêve de voir son nom en haut de l’affiche. Un jour, il tombe sur le carnet de bord d’un soldat en Algérie et se l’approprie.
La presse est conquise, et son cœur épris. Puis tout s’enraye, mais il est trop tard. Impossible de faire machine arrière. Qui va gagner ? Le fantôme ou l’écrivain ?

Pierre Niney est très bon, comme à son habitude, en tourmenté ; Ana Girardot – oui, c’est la fille d’Hippolyte – ne sert à rien, sinon de faire-valoir aux dilemmes du jeune homme. Quant aux autres, ils meublent une maison déjà bien garnie. Dommage que ça patauge ! Seule l’attente de la fin sauve du déclin.

César Armand

« Un moment d’égarement », un ennui sidérant

Le nouveau long-métrage de Jean-François Richet (L’ennemi public numéro 1) est soporifique au possible.

Chouette ! Le retour de Vincent Cassel dans un nouveau film de Jean-François Richet ! En fait, non, Mesrine est mort dès la première image. Le frère d’Hollysiz s’ennuie dans cette Corse et, même après avoir couché avec la fille de son meilleur ami, passe son temps à souffler.

François Cluzet, à son habitude, joue les Cluzet : ça gueule, ça fait des grimaces et ça peine à adopter le ton juste parfois. Qu’on nous rende le taiseux Musulin… Mention spéciale  aux deux jeunes adultes qui composent, chacune dans leur genre, une partition sensible.

Reste maintenant à découvrir l’original de Claude Berri.

César Armand

« Spy », une comédie d’action comme on les aime

Le dernier film de Paul Feig (Mes meilleures amies) surpasse son homologue britannique Johnny English.

Deux heures menées tambour battant. Un espion, le beau gosse Jude Law, se fait tuer sous les yeux, à distance, de son acolyte, interprétée par la gironde Melissa Mc Carthy. Très vite, elle doit quitter son ordinateur et partir, à son tour, sur le terrain.

Jason Statham, le gros biceps de la série Le Transporteur, est à mourir de rire en agent vaniteux. Idem pour la révélation 50 Cent, dans son propre rôle, qui fait preuve d’une grande autodérision sans compter tous les rôles secondaires de la CIA aux méchants voleurs de bombes.

Parodie à peine masquée de la saga des James Bond, ce voyage de Paris à Budapest, en passant par Rome, vaut le détour !

César Armand