Paul Vergès : « Mon fils Laurent s’est beaucoup mêlé des luttes anti-impérialistes »

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Crédit photo : Sénat

Le 20 avril 2015, CulturePolitique.net avait rencontré, pendant trois heures, le sénateur réunionnais, alors doyen de la Chambre haute. Aujourd’hui, à l’heure de sa disparition ce 12 novembre 2016, retour, en dix articles, sur un quasi-siècle de vie. Huitième épisode : ses fils Laurent et Pierre.

Vos fils sont davantage politisés. Laurent a été député quelques mois avant de disparaître dans un accident de voiture en 1988…
Laurent a été très militant. Né en France, il s’est beaucoup mêlé des luttes anti-impérialistes. Je lui avais d’ailleurs dit : « Tu fais des choses dangereuses ! » Il est allé voir Claude au Panama en traversant les pays d’Amérique centrale et en prenant contact avec des révolutionnaires au Nicaragua, ce à quoi je m’énervais : « Mais tu es fou, tu as apporté là-bas du matériel de guerre ! Si tu avais été arrêté, tu aurais été torturé. » Puis, il est rentré à La Réunion, a cherché, et est allé dans le maquis de l’Érythrée au moment de l’insurrection contre l’Éthiopie, tout en passant par le Yémen où les révolutionnaires de ces pays l’ont contacté. À la fin, il a été candidat à Saint-André. On en a discuté : « Nous sommes une petite société, c’est normal que les enfants adhèrent aux idées des parents, mais comme il y a des points locaux avec des petits élus, je ne veux pas te voir dans une commune où on a déjà le pouvoir. Choisis l’endroit le plus difficile. » Il a été candidat dans une circonscription de Saint-André mais a été battu par le chef de la droite locale, puis il a été élu député ailleurs.
À l’époque, j’étais député, et celui contre qu’il avait perdu a essayé de faire établir à La Réunion la parité sociale, c’est-à-dire avoir les mêmes avantages sociaux. Le Premier ministre Jacques Chirac s’en est emparé, et avec mon ami et collègue Élie Hoarau, nous avons démissionné en disant : « Nous ne pouvons pas siéger dans une Assemblée qui va officialiser le caractère inférieur des Réunionnais en tant que citoyens français. »
Cette décision a ensuite été à l’origine de la position de François Mitterrand, au second tour de la présidentielle de 1988, qui a dit : « J’appuie votre revendication d’égalité. » Il était temps ! Les fonctionnaires étaient payés en surfacturation mais pour l’égalité sociale, on a attendu cinquante ans…

Pierre, lui, ne s’est pas représenté, en mars 2015, au conseil départemental de La Réunion.
Il est devenu fonctionnaire territorial, s’est fait élire au Port et était au conseil général, mais il a démissionné car il était en conflit avec le maire du Port. En tant qu’administrateur territorial, soit vous travaillez à un poste à responsabilités, soit vous continuez à percevoir votre traitement de fonctionnaire sur-rémunéré en attendant un poste. Là, il y a eu un conflit avec le maire et il a dû quitter son poste. Considérant que la décision a été injuste, il espère bien continuer dans cette situation.

Propos recueillis par César Armand – Tous droits réservés CulturePolitique.Net

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En quête d’auteurs au Salon du Livre 2015

Culturepolitique.net est allé à la rencontre de Corinne Lepage, d’Eric Zemmour, de Kamel Daoud, de Frédéric Mitterrand, de Dany Laferrière et d’Adrien Bosc.

Le Salon du Livre le dimanche, c’est comme aller à la Tour Eiffel un samedi après-midi ensoleillé. Un brouhaha d’agora, un piétinement permanent, et une chaleur de tueur.

L’ex-eurodéputée Corinne Lepage est sympathique. Elle accepte de signer votre livre bien que vous ne soyez pas au stand de la bonne maison d’édition. En rigolant : « Les deux sorties de mes deux derniers livres se sont téléscopé. »

Eric Zemmour, lui, collectionne les photos et les vidéos avec les lecteurs. Laurent Ruquier qui regrette lui avoir donné une tribune pendant cinq ans ? Il hausse ses – petites – épaules. Relance du dédicacé : « Vous vous en foutez ? » Réponse de l’éditorialiste : « J’ai l’habitude, vous savez ! »

Le journaliste Kamel Daoud attire davantage de badauds. Son Meursault, contre-enquête est un hommage au fond de l’histoire de L’Etranger et à la forme du récit de La chute.« Il mêle style et philosophie, c’est ce que j’aime chez Albert Camus. Plus personne ne saurait écrire ainsi aujourd’hui. » Parole d’un Algérien pour qui, aussi, « (sa) patrie, c’est la langue française. »

Un autre confrère, Frédéric Mitterrand, publie L’adolescence. Où il s’interroge sur son héritage entre de Gaulle et l’oncle François. Devant, un premier groupie sort son livre d’or et une seconde fan lui fait signer de beaux clichés.
– Désolé, on vient pour un livre !
– C’est pas grave, ça marche aussi !
– Et sinon, entre Giscard et Chirac ?
– Juppé ! Mais bon, il paraît que je suis de gauche maintenant…
De là à donner une interprétation politique à des rêves extatiques.

L’Académicien Dany Laferrière, élogieux de la sieste, est disponible. A la différence de son aîné Jean d’Ormesson. « Vous aimeriez assister à la séance du dictionnaire du jeudi matin ? C’est privé… Mais bon, on fait plein d’autres trucs où c’est public !  Par exemple, ça nous arrive de courir tout nus et en rond sous la coupole. J’ai aussi le projet de lancer une discothèque. »
Avec Alain Finkielkraut en DJ ? « On n’a pas même les goûts musicaux. Dommage ! »

Pour bien finir, le chef de Feuilleton et de Desports Adrien Bosc, qui n’a rien à voir avec son voisin du Palais des Sports Franck Dubosc à part les yeux bleus, signe sur la page blanche de Constellation, couverture marine, tel l’Océan où s’est abîmé l’avion éponyme. Au fait, combien de temps prend une enquête-roman de ce type ? « Trois ans ! »

Bonne lecture !

César Armand

 

« Les Amazones de la République », l’encyclopédie politique de l’été

Le dernier livre de Renaud Revel revient, en détail, sur les passions élyséo-médiatiques qui ont émaillé la Vème République.

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Qu’ont de commun François Mitterrand et Jacques Chirac ? Le conseiller en communication Jacques Pilhan ? Pas seulement ! L’amour démesuré de l’autre sexe, et si l’intéressée a une carte de presse, c’est encore mieux…

Dans une enquête très bien écrite, à mille lieues de l’austère Sexus Politicus des Christophe Deloire et Dubois, le journaliste de L’Express Renaud Revel raconte, avec force détails, cinquante-cinq ans de secrets d’alcôve entre présidents et journalistes.

Anne Fulda & Nicolas Sarkozy

Aucun nom – ou presque – ne passe à la trappe, nulle grivoiserie à l’horizon – pas de trace du rapport dans le parking à Beaubourg par exemple – , juste des faits précis avec les bons interlocuteurs, comme Anne Fulda, l’éditorialiste du Figaro, qui raconte son histoire avec Nicolas Sarkozy.

Il ne manque que la confidence de Bernadette Chirac à Patrick de Carolis dans Conversation : « Les filles, ça galopait » ou le témoignage de celle qui, entre le rez-de-chaussée et le plateau du JT au 19ème étage, se vit exiger une fellation par un ancien chef de l’Etat dans l’ascenseur.

Les Amazones de la République, Renaud Revel, First, 318 p., 19€95

César Armand